*Ce jour là, tu te lèves très tôt. T'en as rien à foutre de la télé qui te regarde avec des yeux de merlan frit, t'as même pas envie de bouffer le Kinder Maxi juste sous ton nez. T'as mal au bide. Tu pars chercher ce vêtement qui te rappelle que tu fais parti intégrante d'une équipe merveilleuse, que t'es pas ce quelqu'un qui sert à rien sur terre. Tu t'attaches les cheveux et t'enfiles tes baskets.
T'attrapes tes sacs, et tu t'en vas de chez toi. Tu pars vers ce car entouré de personnes toutes habillées comme toi avec autant de sacs que toi dans les bras. Tu pars. Alors à ce moment là t'as deux solutions, soit tu regardes les vaches défiler à travers la vitre, soit tu fait la crétine à vagabonder dans le car en chantant n'importe quoi [c'est devenu une habitude]. Ces deux solutions sont sensées te faire déstresser, mais ça marche pas toujours. Le soir, t'arrives dans un endroit où t'es jamais allée, tu poses presque toutes tes affaires dans une chambre que tu partages toujours avec des gens différents, et tu retournes dans le car. Pendant un quart d'heure t'essaies de te représenter l'endroit où tu vas et quand t'arrives, tu captes qu'en fait t'imaginais n'importe quoi. Tu sors du car, t'as juste envie de rigoler pour faire passer la pression, et tu chopes ton sac qui te reste. Tu suis les gens avec qui t'étais dans le car, t'attends devant la salle d'avoir un truc qui te permet de faire des allers et retours quand tu veux dans la salle. Tu rentres et là t'entends une musique super forte qui t'envahie. T'es complètement attirée par l'endroit d'où provient cette musique. Là tu vois des gens sur une piste qui dansent en roulant partout. Parfois ils font du free-style, mais t'es complètement absorbée par ce que tu vois. Alors là t'as quelqu'un qui te tire par la tee-shirt et t'arrives dans une pièce où tout le monde cherche une place sur un banc ou sur n'importe quoi pour poser son sac. A partir de ce moment là, tu te transformes complètement. Tu défais tes godasses en cinquante ans, t'enlèves tes fringues, tu mets un truc par dessus tes jambes qui te fais une peau bronzée comme si t'avais passé 3 mois en Afrique, t'enfiles une robe que t'arrives jamais à attacher alors t'es obligée de demander à quelqu'un de t'aider. Après tu te tires les cheveux hyper fort pour pouvoir faire une magnifique queue de cheval encore mieux que la dernière fois parce que tu te souviens que t'avais été emmerdée par tes mèches dans la tronche. Après ça t'enfiles tes patins tous défoncés à force d'être tombée aux entraînements, depuis le temps que tu les as. Tu les recouvres de plusieurs couches de tissus, tu prends une bouteille d'eau et tout ce qu'il te faut pour la suite et tu sors de cette pièce où ça commence déjà à sentir fort les pieds et la laque. Tu suis encore une fois tout le monde, et tu arrives encore à l'endroit où la musique est très forte. Les gens qui étaient sur la piste s'en vont et là t'entends un mec qui parles dans un micro mais tu comprends rien. T'entends juste les gens applaudir, tu poses ta bouteille, et c'est toi qui rentre sur la piste avec tous les autres. Tu fais 3 tours environ de cette piste, et là t'as qu'une envie, mettre un pull. Tu répètes 3 ou 4 mouvements que t'es sensée faire le lendemain, et tu vas à ta place. Là tu lèves le bras et la musique forte que tu as entendue au moins 500 fois commence. C'est la que tout s'arrête. Tu bouges comme un pantin, ton corps est habitué à faire certains mouvements sur cette musique, tu contrôles plus rien. Au bout de trois minutes, ton cerveau reprend le dessus parce que la musique s'est arrêtée, et tu te rends compte que t'as oublié de respirer. Là t'as pas envie de boire. Tu refais les trucs que tu crois avoir loupés, tu les réussis. Tu vas boire et on te dit de retourner faire ton truc. Alors tu retournes à ta place pour lever le bras et refaire démarrer la musique. Tu recommences le même mécanisme que la dernière fois, et soit c'est pire, soit c'est mieux. Après t'as un plouc qui vient te dire en gueulant qu'il te reste une minute d'entraînement. Et là pendant une minute, c'est le bordel, tout le monde fait tout en même temps, et cette minute là dure une éternité. Là tout le monde va boire et rentre dans la petite pièce qui sent enfin bon. Tout le monde enlève ses patins et discute. En général c'est à ce moment là que ton nez choisit de couler. Bref, tu remets tes baskets et t'as quelqu'un qui arrive en te faisant un grand sourire et te donne un ticket qui te dit que t'as le droit de manger. Alors tu vas bouffer avec tes collègues, tu rigoles pour dissimuler ton stress, mais en même temps, t'es vraiment heureuse d'être arrivée là, à ce stade qui fait que t'es considérée comme quelqu'un qui est susceptible d'en faire rêver d'autres. T'es content d'être dans cet univers magique, cet univers qui sent les pieds et la laque, cet univers qui fait que là t'as un gros barbu qui te file une assiette de spaghettis en te faisant une blague où tu te forces même pas à sourire pour lui faire plaisir. Tu poses tes fesses sur une chaise et tu bouffes. Tu bouffes jusqu'à en faire oublier à ton estomac que tu es stressée. Après ça tu récupères ton sac et tu retournes au car avec tes amis qui sont heureux eux aussi de faire parti du monde qui sent les pieds et la laque. T'arrives dans ta chambre, tu te décoiffes et tu pionces.
En général, tu te réveilles le matin sans avoir vraiment bien dormi. Tu te lèves, tu te laves, tu vas déjeuner avec tous ces gens qui sont aussi bien réveillés que toi. Mais t'as pas faim. Quelqu'un te force à manger, mais ton estomac se venge de la veille, et se tord. Après tu pars dans ta chambre pour te coiffer et te brosser les canines, tu prends tes costumes, tes paillettes et tes patins et tu retournes au car. Là t'as trop la pression, tu te demandes si tu seras toujours vivante après être passée, comment vivent cette situation tes amis... Tu arrives encore au même endroit qu'hier, tu retournes poser tes affaires dans la salle qui sent bizarre, et tu vas dans les gradins regarder cette piste avec ces gens et cette musique toujours aussi forte. Là tu rencontres d'autres amis qui viennent de très loin, qui sont venus ici pour la même chose que toi. Ton stress s'en va quelques minutes, le temps de sourire à tout le monde et de rigoler. Tu regardes sur des papiers affichés où tout le monde se bouscule combien tu passes, et puis tu dois retourner manger [eh oui tu te dis que tu manges tout le temps]. Après, tu retournes dans la salle et la musique s'est arrêtée. Tout le monde est super stressé. Les gens dans les gradins sont maquillés de toutes les couleurs, avec des paillettes, des rayures, des plumes, des poils... Tu te souviens que tu dois faire pareil, alors personne ne prend le temps de digérer, et va se préparer. Là t'as la personne grâce à qui t'es là qu'on appelle entraîneur qui t'appelles toi et tes collègues pour te préparer. Alors là, pendant une heure tu te fait peinturlurer la tronche, et tu fais pareil aux autres. Tu ressembles même plus à toi, mais c'est normal, tu vas jouer un rôle qui n'est pas du tout toi. Après tu vas enfiler ton costume que t'as enfilé que deux fois, qui te semble tellement pas à toi, qui perd déjà ses paillettes et qui manque de se craquer quand tu passes dedans. T'as un gros Monsieur qui parle et qui se plante à chaque mot pour dire que la catégorie machin commence. Là c'est un pic de stress, et ton entraîneur te dit d'aller courir, mais t'arrives déjà plus à respirer. Après tu répètes à pieds avec tes collègues, tu te plantes, tu recommences, tu t'énerves, tu transpires, tu rigoles, et là en entendant les gens qui parlent dans un micro en lisant des chiffres, tu retournes dans cette petite pièce qui sent pas bon et tu enfiles tes patins. Tu vas vers cette piste où il y a déjà quelqu'un qui patine avec de la musique forte et tu attends. Tu attends dans le stress et la peur. Tes mains deviennent moites, t'as l'impression que tu vas te pisser dessus, tu trembles du ventre. Et là les gens qui patinent s'arrêtent, des gens applaudissent et la voix relis ses chiffres. Là les gens sortent de la piste, et t'as environ 10 secondes interminables avant que quelqu'un qui hurle dans son micro le nom de ton équipe. Tout les gens applaudissent, et tu vas sur la piste... Tu lèves le bras et tout commence. Tu sais pas ce que tu fais. Y'a un moment où tu te réveilles en plein numéro, et automatiquement, tu souries, tellement tes pommettes remontent jusqu'à te cacher les yeux. Mais t'es heureuse. Y'a plus rien qui t'arrêtes. T'as envie de sauter jusqu'au plafond,de vivre quoi. Et un moment, tout s'arrête. T'attends 3 secondes et les gens applaudissent et hurlent dans les gradins. Tu te relèves, tu te baisses et ainsi de suite deux ou trois fois et puis tu te colles à tes amis qui ont patiné avec toi. Tu souries et ton stress n'est plus dans le ventre mais dans la bouche. T'as plus de salive, plus de souffle, plus d'énergie. T'as encore une fois la voix qui te donne des notes et les gens applaudissent. T'applaudis aussi et tu retournes dans la petite salle, et elle te semble sentir bon...*
*_Roller-Skating Artistique_*